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Logo-Lorraine.gifLes Groupes familiaux AL-ANON forment une fraternité composée de parents et d'amis d'alcooliques qui essaient de résoudre leurs problèmes communs en partageant leurs expériences et en acquérant une plus grande connaissance et une meilleure compréhension d'eux-mêmes et de l'alcoolique.

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Cure en alcoologie : accueil de l’entourage

SANTÉ - RL du 13/1/2007

Depuis octobre 2006, Le Centre de Cure Ambulatoire en Alcoologie (CCAA) de Metz, situé 9, rue Paul-Michaux, propose des temps de rencontres dédiés à l’accueil de l’entourage des personnes dépendantes à l’alcool (famille, amis, collègues...), que celles ci soient présentes ou non, déjà engagées ou pas dans une démarche de soins. Cette nouvelle forme d’accueil est le fruit d’une réflexion des professionnels qui vivaient les limites d’une prise en charge uniquement destinée à la personne alcoolique elle-même, Si, dans la maladie alcoolique, la souffrance de celle-ci est reconnue et écoutée, celle de l’entourage l’est encore trop peu. La prise en compte du vécu, des ressentis et des interrogations de l’entourage s’inscrit à ce jour dans la démarche thérapeutique du CCAA.
Ces rencontres se déroulent le 2ème mercredi de chaque mois de 20h à 21h30 et ont lieu au 2ème étage des locaux du CCAA, rue Paul-Michaux à Metz.
Elles débutent par le visionnage d’un film constitué de courts-métrages et de témoignages basés sur les interactions des personnes avec leur entourage et leur environnement professionnel et la place de l’alcool entre eux et les autres.

Il s’agit de créer un lieu de parole et d’écoute qui permet à chacun, au travers d’échanges entre les personnes présentes et par la médiation des deux animatrices, de partager des expériences, de sortir parfois de l’isolement et pour certains, de s’engager dans une prise en charge plus personnalisée.
Le CCAA complète ainsi ses possibilités d’accompagnement déjà riches. Outre les consultations pluridisciplinaires de la rue Paul-Michaux (médecin, infirmier, psychologue et travailleur social) s’adressant aux personnes alcooliques et à ses proches, il propose des consultations sur le territoire Mosellan (Thionville, St-Avold, Dieuze, Sarreguemines et Sarrebourg) et des interventions spécialisées dans les centres d’hébergement et de réinsertion sociale en faveur des personnes en précarité.
Le CCAA est une structure médico-sociale faisant partie du CDPA (Comité départemental de prévention de l’alcoolisme) qui regroupe et gère un centre de prévention, de documentation et de formation ainsi qu’un Centre de Soins de Suite et Réadaptation, spécialisé en alcoologie, Centre La Fontenelle à Maizeroy.
Contact : téléphone : 03 87 66 41 50
du lundi au vendredi de 13h30 à 17h. 

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Libération - Edition du mardi 5 décembre 2006

Des groupes donnent la parole aux enfants de dépendants.

Témoignages. «Son alcoolisme, ce n'est pas moi qui vais en crever» Par Julie LASTERADE

QUOTIDIEN : mardi 5 décembre 2006

Ils sont en bonne santé, en général ils travaillent très bien à l'école, ils ont entre 7 et 17 ans et un secret. Tous le même. Leur père ou leur mère «a un problème avec l'alcool». Depuis quelques années, des groupes de parole pour enfants d'alcooliques se sont mis en place. Ils sont encore rares. Mais deux fois par mois, pendant deux heures, ils permettent à ces enfants de se retrouver, d'échanger, de réfléchir et de parler de leur souffrance. Laure, Diane, Olivier ou Natacha (1), tous bluffants de maturité, y viennent depuis des mois ou des années. A leur demande, jamais contraints, se sentant souvent «mieux en sortant qu'en arrivant».

«Tabou». Samedi 2 décembre, 14 heures, au premier étage de l'hôpital Beaujon, Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Cinq enfants autour de tables en U, des peluches et des figurines à un bout, deux animatrices. Parmi eux : Laure, 16 ans. Sa mère est abstinente depuis quatre mois, et Laure a du mal à y croire. Elle doute, dit qu'elle a cru entendre un bruit de bouchon dans la salle de bains. C'est là que sa mère cachait les bouteilles quand elle buvait. Alors Laure ne peut pas s'empêcher d'écouter. «On ne parle plus du tout de l'alcool depuis que Maman est revenue de l'hôpital, raconte-t-elle, ça m'étonne, c'est comme si c'était devenu tabou.» Laure avoue qu'elle n'est «pas sûre d'être contente» de l'abstinence de sa mère. Elle a plus d'activités extrascolaires qu'avant, car ce n'est plus elle qui prépare le repas du soir, qui s'occupe de ses frères et soeurs, qui conseille à sa mère d'aller se coucher. «J'ai du mal à vivre avec Maman qui revient sur le territoire», analyse-t-elle. Elle a pensé aller en internat, puis a renoncé. Elle explique que ce n'est «pas le moment de quitter la maison, même si Maman ne boit plus. On vient de vivre deux ans difficiles, il faut que la famille se regroupe, et puis je suis dans un bon lycée».

«Sérénité». Diane, 9 ans, est une petite fille à couettes qui parle comme si elle en avait dix de plus et se demande «quelle est la différence entre "donner à boire" et "pousser à boire"». Son père a commencé une cure, et Diane a «l'impression que ça lui plaît. Il fait du sport, des tas d'activités, il se repose, et le week-end il revient en pleine forme». Mais Diane est triste quand même. Lorsqu'une animatrice lui demande de représenter tout ça avec des figurines, elle s'incarne en petite poupée, choisit un marin en plastique pour désigner son père, et un gorille pour symboliser le centre de soins. La dernière fois, elle a dit qu'elle ne comprenait pas pourquoi ils arriveraient là-bas à empêcher son père de boire, là où elle croit avoir échoué. Sa mère lui a interdit d'en parler à sa grand-mère de peur qu'elle ne veuille plus les voir, mais sa meilleure amie est au courant. Elle lui a dit : «Tu devrais dire à ton père d'arrêter.» 

Vendredi 17 novembre, 20 h 30, dans une salle municipale en préfabriqué de la commune de Versailles. Cinq enfants membres des Alateen (un groupe dérivé des Alcooliques anonymes) autour d'une table, une «guide» adulte et des rituels : la lecture d'une phrase «d'entrée dans la sérénité» en préambule, une autre à la fin. Et une boîte en fer pleine de bonbons au milieu.

Jérôme, 17 ans, vient depuis quatre ans. C'est lui qui a choisi le thème de la réunion de ce soir, «les enfants d'alcooliques et l'alcool». Cet été, il a bu «un peu, raconte-t-il. Le verre de rouge était compris dans le menu. Je l'ai pris, comme pour lancer un défi à mon père». Pour goûter, aussi. Il a détesté. Il ne veut plus y toucher. «Je ne veux pas devenir comme mon père», dit-il. Non, cette expérience ne l'a «pas rapproché de [son] père». «Tout ce que je lui demande, c'est que lorsqu'il me conduit en voiture je sois en vie à l'arrivée. Pour le reste, je souffre psychologiquement de son alcoolisme, mais ce n'est pas moi qui vais en crever physiquement.» 

«Maladie». Il a «trouvé une tactique» pour passer des bons moments avec lui, et la conseille aux autres : «Tu as une discussion sérieuse avec lui, et ça marche. Par exemple, tu le branches sur un sujet de ta vie.»

Natacha, 11 ans. Elle a remarqué que son père, alcoolique, s'énervait plus les jours où elle devait venir à ces réunions. Tant pis, elle insiste pour que sa mère les y amène. Parce qu'elle n'en parle jamais ni avec sa petite soeur ni avec d'autres et que «ça fait du bien de sentir qu'on peut se confier et que ce que l'on dit restera là». Là, elle mange des bonbons, hausse les épaules parfois, écoute la guide qui lui dit que «c'est une maladie dont on peut sortir». Là, elle dit que son père lui a déjà fait goûter de l'alcool, qu'elle a aimé, et que lorsqu'il commence à boire, «à nous énerver, on sort, on va faire de la trottinette».

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(paru dans La Croix du 12/04/2006)

Le conjoint d'une personne alcoolique oscille souvent entre le déni et la culpabilité, sans savoir véritablement comment aider son partenaire
 
Au départ, Claire n’y a pas vraiment prêté attention. Bien sûr, il y avait ces bouteilles vidées les unes après les autres. Ces longs moments passés au café avec les copains ou même tout seul. Ces soirs où il rentrait, incapable d’aligner trois mots. Et ces après-midi entiers passés à dormir sur le canapé du salon, sans qu’on puisse vraiment expliquer aux enfants pourquoi papa était si fatigué… « Malgré tous ces signaux d’alerte, j’ai mis beaucoup de temps à réaliser que mon mari avait un problème avec l’alcool, à accepter même le terme d’alcoolisme », raconte cette femme de 46 ans, membre de l’association Al-Anon, qui vient en aide aux familles et amis des alcooliques. « Bien sûr, je me rendais compte que, parfois, il buvait trop, jusqu’à s’en assommer, poursuit-elle. Mais je me disais qu’il était fatigué. Et dans l’ensemble, il avait l’alcool plutôt gai. Dans les repas de famille, c’était toujours un convive agréable. Ensuite, quand j’ai compris qu’il y avait un vrai problème, j’ai refusé de voir la réalité. Je n’en parlais pas, ni avec la famille, ni avec les amis. De toute façon, on n’invitait plus personne à la maison, pas même les petits copains des enfants. J’avais honte, et je ne voulais pas qu’on dise à l’extérieur que mon mari était alcoolique. »
 
En France, on estime que cinq millions de personnes ont des problèmes médicaux, sociaux ou psychologiques avec l’alcool. Parmi elles, deux millions en sont dépendantes. Mais que sait-on de ceux qui vivent au quotidien à leur côté ? Longtemps ignorée, la souffrance de l’entourage du malade alcoolique commence aujourd’hui, peu à peu, à émerger dans le discours médical et politique sur la maladie. Sur ce point, le rapport Chabalier, remis en novembre au ministre de la santé, va peut-être constituer un tournant. « Lorsqu’on sait que, pour chaque malade alcoolique, il y a au moins cinq personnes de son entourage qui sont directement touchées par la maladie, on imagine l’étendue du gâchis », souligne ce rapport d’experts placé sous la direction du journaliste Hervé Chabalier. Sans langue de bois, ce travail accorde une large place au désarroi des proches, ces « co-dépendants ».
 
Un "aveuglement" fréquent
 
« Ce terme de “co-dépendant” est très juste. Souvent, le conjoint est tellement impliqué dans la maladie alcoolique qu’il finit par ne plus vivre pour lui, mais uniquement à travers l’alcoolisme de l’autre », souligne le docteur Alain Rigaud, chef de l’inter-secteur d’alcoologie de Reims (EPSD-Marne) et président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa).
 
L’histoire de Claire, de son « aveuglement » face à l’alcoolisation progressive de son mari, est loin d’être un cas isolé. Il faut souvent un long moment, parfois des années, pour que le conjoint prenne conscience de l’existence d’un problème. « Nous vivons, il est vrai, dans une société où la consommation d’alcool est fortement banalisée. L’alcool est vu comme un produit festif et pas du tout comme un produit dont il faut se méfier », explique le docteur François Vabret, généraliste et responsable de l’unité d’alcoologie du CHU de Caen.
 
Au bout d’un moment, le conjoint va quand même comprendre qu’il se passe quelque chose d’anormal. Mais souvent, comme Claire, il va d’abord refuser d’affronter la réalité. Faire comme si de rien n’était, ne rien dire. La stratégie du déni. « C’est comme s’il se produisait chez l’entourage les mêmes dysfonctionnements que ceux liés à la psychopathologie alcoolique. Les mêmes mécanismes de dissimulation. Le conjoint va reproduire le discours du malade alcoolique. En disant par exemple : “Oui c’est vrai, l’autre jour, il a vraiment abusé, mais c’était un déjeuner de fête…” Ou bien : “C’est vrai qu’il boit trop, mais il peut s’arrêter quand il veut…” », souligne le docteur Vabret. Ce déni est d’autant plus néfaste qu’il risque de perpétuer la logique de négation du malade, en lui évitant de se confronter aux conséquences négatives de sa consommation.
 
Décidés enfin à passer à l’action, certains conjoints essaient alors de contrôler la consommation de leur partenaire. D’autres tentent de le faire arrêter par des injonctions, des arguments culpabilisants, des leçons de morale, voire par la menace d’une séparation. Beaucoup aussi s’investissent d’une mission « héroïque » en se persuadant qu’ils vont réussir à sauver l’autre qui, par amour, finira par renoncer à la bouteille. Autant de stratégies pratiquement toujours vouées à l’échec. « Personne n’arrête de boire par amour ou par culpabilité. Un alcoolique arrête quand il estime qu’il a plus d’inconvénients à continuer de boire que d’avantages à arrêter », explique le docteur Vabret. « La personne ne pourra s’arrêter que de son propre fait. Toute tentative de la faire arrêter par la coercition ou la menace ne fait souvent qu’envenimer la situation, en renforçant le malade dans sa position de refus et de déni », ajoute le docteur Jacques Miermont, président de la Société française de thérapie familiale, psychiatre dans le service d’addictologie de l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif. 
 
Le conjoint se sent souvent coupable
 
Souvent aussi, le conjoint ignore que l’alcoolisme est une maladie à part entière, assise sur de puissants mécanismes de dépendance. Du coup, il va volontiers stigmatiser le manque de volonté de son partenaire. « Il va lui tenir un discours du type : “Mais secoue-toi, fais un effort.” Ce qui va aggraver la relation, car le malade va se sentir incompris, rejeté. Cela va le renvoyer à des sentiments d’incapacité, de nullité, déjà très forts chez celui qui boit. Et plus on va le contraindre et le déresponsabiliser, plus il va affirmer son indépendance en échappant à l’autre », explique le docteur Rigaud.
 
Face à ses échecs répétés, le conjoint peut alors être assailli par un double sentiment de culpabilité. Il se sentira en effet d’autant plus coupable de ne pas avoir réussi à « sauver » l’autre que, souvent, il se sera autopersuadé qu’il est responsable de la fuite de son partenaire vers l’alcool. « Si je bois, c’est de ta faute », disent souvent les alcooliques à leur partenaire.
 
Quelle position doit alors adopter le conjoint ? Selon les médecins, il n’existe pas de réponses simples et toutes faites. Leur premier conseil est de pousser l’entourage à s’informer, à comprendre que l’alcoolisme est une maladie qu’il ne faut pas confondre avec un manque de volonté. Une maladie qui peut se soigner à condition de faire appel à des professionnels. Il est important aussi que le conjoint parvienne à sortir de ce statut de « co-dépendant » en se persuadant qu’il doit raisonner et prendre des décisions pour lui, pour son bien à lui. Dans ce cas, loin d’être un obstacle à la prise en charge, le conjoint peut accélérer la demande de soins de la part du malade. À condition enfin d’apprendre à savoir dire non. « Quand un conjoint vient me voir, je lui demande d’emblée de m’indiquer ses limites. De me dire ce qu’il peut accepter et ne peut pas accepter, explique le docteur Vabret. C’est très important qu’il soit capable de dire non. De dire clairement à son conjoint par exemple qu’un acte de violence, commis sous l’emprise de l’alcool, n’est jamais excusable. »
 
Pierre BIENVAULT et Agnès AUSCHITZKA
 
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